Cap sur le Nord d’Ataùro pour une étude du récif de Baru Ana. The Blue Martin fait équipe avec Roxy, scientifique de l’équipe Blue Ventures au Timor oriental. Semaine 6, jour 2, plongée 1, GO !

7h35. La première plongée de la journée est à 8h. Mon bloc est monté1. Le ptit déj fini, je trace pour rejoindre notre quartier de plongée. À peine le temps de sentir le parfums des fleurs de Barry’s Place. « Briefing time », lance Laura, le manager de plongée de Blue Ventures sur Ataùro (Timor oriental). Sont présents Roxane de Waegh, scientifique de l’équipe, Amos da Silva et Dezya Gomès – alias Mima, stagiaires moniteurs de plongée est-timorais et assistants scientifiques. Sans oublier les autres volontaires. « Nous allons à Baru Ana, explique-t-elle, proche du village d’Akrema, au nord de l’île. Un beau jardin de coraux. Fond plat, profondeur max : 15 mètres. »

Comme chaque jour, elle nous rappelle les règles de sécurité à suivre.

Ce n’est pas un luxe, car les courants sont complexes autour de l’île. Au Nord particulièrement, où la rencontre des courants de toutes parts crée un effet machine à laver. Sympa. Pas d’inquiétude cependant, car les plongées sont préparées aux ptits oignons, en fonction du temps, de la marée…

Roxy, mon binôme adoré

Ça va être fun. Avec Roxane, on se connaît bien après cinq semaines passées ensemble. Elle veut relever les organismes benthiques (=attachés sur le récif, avec une mobilité réduite; ex: coraux, éponges, algues…). Je râle car c’est ma partie préférée de l’enquête. « Tu vas faire les poissons, pour changer » lâche-t-elle en se moquant de ma fainéantise. Le comptage promet, les poissons ne restent pas en place.

8h00 sonne. Direction le bateau, chargés comme des mules avec nos bouteilles.

Pas de panique, on a juste le jardin de Barry à traverser pour accéder à la plage. Antonio, le capitaine de Tassi Mos, le bateau de Blue Ventures, nous aide à monter. Le Soleil tape déjà fort au petit matin. Fait rare, Manakoko, le pic de l’île, est dégagé de son habituelle gangue de nuages.

Baru Ana, récif corallien préservé

Trajet sans encombre, site de plongée en vue. La côte est plus accidentée et sauvage qu’à Beloi, le village où est basé Blue Ventures. Les arbres sont accrochés à flanc de rochers, leurs rameaux verdoyants signalant les pluies de la saison humide. Antonio ancre le bateau.

Mima va à l’eau pour vérifier les courants. R.A.S, on peut plonger.

Dernière vérification de l’équipement entre binôme. Amos nous interpelle pour savoir si nous sommes prêts. On acquiesce. Il s’époumone : « Masques en place, détendeurs en bouche, 3, 2, 1, go ! ».

Nous basculons dans l’eau en même temps. Sensation agréable, je dirais 30°C. Mon ordi de plongée confirme. On descend. Roxanne choisit la localisation de l’enquête et nous déployons le ruban sur 50 mètres. C’est parti pour l’enquête. Je commence à inventorier les espèces de poissons de récif. Beaucoup de poissons perroquets dans ce site. Roxane me suit de près, le nez sur le fond. Au bout des 50 mètres, elle me demande mon air. Je suis à 120 bars, elle à 160. On est bon pour faire l’étude d’impact. Je serpente le long du transect en identifiant si les coraux sont blanchis2, s’ils ont des maladies ou si des espèces invasives les menacent.

La méthode utilisée pour répertorier les fonds – Reef check – est bien rôdée.

De retour sur le bateau, nous débriefons. Roxy s’extasie devant la diversité de coraux durs3, et moi de l’absence de blanchissement et de maladies à grande échelle. « Tous les récifs bordant la côte est de l’île n’ont pas cette chance, note-t-elle. Mais je reste prudente car l’eau est à 30°. Si elle ne baisse pas dans les semaines à venir, on va moins rigoler. À surveiller. »

Retour chez Barry’s, pour préparer la deuxième plongée.

On dépose nos bouteilles vides et monte nos blocs pour la suite. Chacun de nous récupère. Roxane s’est fait un thé au restaurant. J’avale un snack machinalement. Dire qu’il y a trois semaines encore, je ne faisais pas la différence entre corail mou et corail dur. Quoique soutenu, l’apprentissage du niveau de science attendu n’aura pas été trop long. Notre aide aux scientifiques de Blue Ventures est désormais tangible.

Laura me sort de ma rêverie. Il est bientôt 10h. Pas le temps de lambiner.

1 bloc = gilet de plongée, octopus et bouteille d’air.

2 blanchi = corail en stress thermique du à une eau trop chaude. En mode survie, avant une mort certaine si la température ne baisse pas.

3 coraux durs = constructeurs d’un squelette calcaire, par opposition au coraux mous.

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