Roxanne de Waegh est référente scientifique pour Blue Ventures au Timor oriental.  Elle a la tête dans les coraux et son cœur bat pour Ataùro. Interview.

 

The Blue Martin – Après la Birmanie, les Iles Salomons et les Bahamas, l’île d’Ataùro. Tu ne t’embêtes pas trop ?

Roxane – Non, quitte à travailler, autant le faire dans un cadre agréable !

TBM – Pour quelle raison se perdre dans ce coin de paradis isolé ?

Roxane – Mon job pour Blue Ventures. Je suis biologiste marin et référente scientifique de l’équipe au Timor oriental. L’ONG a pour but d’aider la communauté locale de pêcheurs à trouver des solutions pour protéger ses écosystèmes côtiers.

TBM – Tu veux parler des enquêtes sous-marines sur les récifs coralliens ?

Roxane – C’est l’un des moyens pour mener notre mission à bien : collecter un certain nombre de données sur le terrain avant de suggérer des recommandations de protection marine. Jusqu’à présent, Ataùro n’avait pas fait l’objet d’études scientifiques approfondies. Au passage, nous récoltons aussi des données sur les plantes sous-marines et les cétacés.

TBM – « Nous », cela inclut les courageux volontaires ?

Roxane – En effet, tu as assez plongé pour le savoir !

TBM – Sans rancune 🙂 Une expédition dure 6 semaines. Cela ne fait pas un peu court pour former des néophytes de tous horizons ?

Roxane – Non, c’est bien calibré. On prend le temps nécessaire pour former les volontaires et nos objectifs d’enquêtes pour chacun sont raisonnables. Il ne s’agit pas de se mettre la rate au court bouillon.

Chaque jour, je coordonne la collecte des données sur les récifs, en lien avec nos objectifs scientifiques.

TBM – Quand on est scientifique, ce n’est pas frustrant d’enseigner à des « profanes » ?

Roxane – Au contraire ! C’est excitant de transmettre à des volontaires de toutes nationalités des enseignements sur les écosystèmes marins, mais aussi les moyens individuels et collectifs de les préserver. Il s’agit de la science de terrain et citoyenne.

TBM – Citoyenne ? La révolution est en marche ?

Roxane – Du calme le Français ! Blague à part, la science citoyenne est compréhensible rapidement pour les non-scientifiques. Les volontaires sont rapidement prêts à nous aider à collecter les données sous l’eau.

En plongée et lors de cours, j’apprends aux volontaires la faune que nous devons identifier lors des enquêtes.

TBM – Tu parlais des volontaires du monde entier. Pas un peu compliqué comme format ?

Roxane – Justement, l’idée qu’une intention commune réunisse les volontaires autour de nous est formidable. L’interculturalité s’ajoute à ce défi et fait parti intégrante de l’expérience Blue Ventures. Lors de la dernière expédition, deux allemands, un français, un indien, un suédois et deux est-timorais débattaient passionnément en anglais sur la politique de protection marine.

TBM – À ce propos, travaillez-vous avec les habitants d’Ataùro ?

Roxane – Main dans la main. Sans eux, notre travail n’aurait pas de sens et nous serions moins efficace. Je pense notamment à mes collègues Amos (da Costa) et Mima (Gomès), assistants scientifiques, encadrants des volontaires et moniteurs de plongée en formation. Je vis moi-même une partie du temps dans une famille d’accueil avec laquelle j’ai noué des liens forts.

TBM – En clair, tu vis dans un endroit « hors circuit », mais pas en vase clos.

Roxane – Clairement. Nous ne sommes pas un groupe de scientifiques coupé du monde. J’ai été sensibilisé dès ma formation universitaire à l’importante de la prise en compte des communautés locales de pêcheurs dans le travail de protection des écosystèmes marins. Une politique chère à Blue Ventures. Mes analyses et mes recommandations intègrent toujours leurs besoins, sans omettre la réalité scientifique.

TBM – Cette mission te laisse-t-elle du temps pour mener tes propres recherches ?

Roxane – Non, et ce n’est pas le but. En revanche, il m’est possible de lancer de nouvelles initiatives en lien avec les objectifs de Blue Ventures. Dernièrement, j’ai proposé une activité de surveillance renforcée des coraux, en plus de nos enquêtes sous-marines classiques. Les volontaires ont perçu l’importance de ces observations pendant les épisodes de blanchissement des coraux, et ils ont adoré.

TBM – Roxy, on ne t’arrête plus ! Le mot de la fin ?

Roxane – À nos anciens volontaires, un grand merci d’être venu. Vous êtes des ambassadeurs de la défense des écosystèmes – une cause sans frontière. Et promoteurs des échanges culturels avec des communautés « hors circuit balisé », comme tu dis. Les familles d’accueil n’oublient pas les volontaires de sitôt. Quant aux futurs volontaires, rien à ajouter ! Venez nombreux !

En savoir + : Roxanne de Waegh

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