Jenny House encadre deux programmes de suivi d’écosystèmes marins, menés par les habitants d’Ataùro, au Timor oriental. Son job? Agent de préservation du milieu marin pour l’ONG Blue Ventures. Entretien autour d’un thé !

The Blue Martin – Salut Jenny ! Le mercure monte à 31°C à l’ombre. Pas un peu chaud pour un thé?

Jenny – Désolé Blue Martin, je suis anglaise en toutes circonstances!

TBM – Ça me va! Que fait Blue Ventures au Timor oriental?

Jenny – Blue Ventures a commencé à Madagascar, il y a plus de 10 ans. Notre action a permis aux communautés locales de pêcheurs de reconstituer leurs stocks de poulpes. Sur la petite ile d’Ataùro, l’ONG travaille dans une optique similaire: aider les locaux à surveiller et à gérer leurs ressources marines.

TBM – Si Blue Ventures a débuté à Madagascar, qu’en est-il du Timor?

Jenny – C’est notre petit nouveau! On a commencé à bosser ici début 2016. Avec le modèle Blue Ventures classique: expéditions avec des volontaires étrangers d’une part, missions de préservation de l’environnement marin avec les communautés locales de l’autre. Même topo que Madagascar sur le papier. Mais dans les faits, on doit proposer des solutions adaptées localement. Ici, il y a principalement des récifs coralliens et des herbiers marins. Bien différent des pêcheries de poulpes.

TBM – En quoi consiste ton job ?

Jenny – Travailler avec les communautés locales pour favoriser le contrôle de leurs ressources marines. Je leur enseigne de nouvelles techniques et compétences. In fine, ils pourront gérer leurs ressources eux-mêmes. Deux projets sont en cours actuellement.

Les opportunités de demain se créent dès maintenant, dans les liens que nous tissons avec les locaux pour mener nos projets de préservation.

 TBM – Peux-tu préciser ces projets?

Jenny – Bien sûr! Dans le “projet herbiers marins”, nous réalisons des enquêtes sur les prairies de plantes sous-marines autour d’Ataùro (ndlr: à ne pas confondre avec des algues). Et nous contrôlons leur évolution. Un programme mené par des volontaires locaux, assistés des volontaires étrangers. 

TBM – Comment ça se passe concrètement ?

Jenny – Nous formons de petites équipes. Chacune déroule un mètre depuis la plage jusqu’à 100 mètres du bord. Le long de ce transect, nous répertorions les différentes espèces de plantes sous-marines et leur surface occupée sur le fond. Objectif : évaluer leur rôle joué dans l’écosystème et surveiller leur croissance ou leur disparition, le cas échéant.

TBM – Les herbiers marins jouent un rôle clé dans cet écosystème complexe. Ces prairies abritent petits poissons, invertébrés et apportent des nutriments aux coraux.

Jenny – Leçon bien apprise! En effet, herbiers marins, récifs coralliens et mangroves forment un écosystème complémentaire. Ces enquêtes nous permettront d’observer les changements à l’œuvre dans les prairies marines. N’oublions pas qu’elles sont vulnérables et menacées dans la région (ndlr : Asie du Sud Est).

TBM – Travaillez-vous sur d’autres programmes?

Jenny – For sure ! Nous avons lancé il y a un an un projet de surveillance des pêches. Là aussi pris en charge par les locaux, 8 femmes originaires d’Ilik Namu, un village du Nord de l’île. Elles enquêtent sur les prises et méthodes de pêches de leur communauté : nombre de poissons pêchés, leur taille, le matériel utilisé…   

TBM – Quel est l’enjeu de cette étude?

Jenny – Nous mesurons leur évolution sur la durée, et leur impact sur l’environnement marin local.

TBM – Pourquoi avoir choisi des habitantes d’Ilik Namu pour ce projet?

Jenny – Au départ, les habitants du village ont demandé que Blue Ventures soit impliqué dans la gestion de leurs ressources marines et dans la mise en œuvre de leur tara bandu (ndlr : zone marine protégée sous gestion locale). Mais l’étude des pêches par des locaux renforce la viabilité du programme. Quant au choix des habitantes, c’est simple : les femmes sur Ataùro pêchent, mais elle sont cantonnées au second plan derrière les hommes. Par ce programme, elles peuvent davantage faire entendre leur voix dans la communauté, et gérer leurs ressources marines à l’avenir.

Au-delà de la collecte de données, cette étude est un moyen d’impliquer des personnes peu entendues d’ordinaire.

 TBM – Les volontaires étrangers prennent-ils part à ce programme?

Jenny – Pour l’instant non. Mais la porte n’est pas fermée. Ici sur Ataùro, nous pouvons adapter les choses rapidement. Les volontaires pourraient intervenir pour analyser des données, observer le travail de terrain mené par les locaux…

TBM – Last but not least, un mot pour les anciens et futurs volontaires étrangers de Blue Ventures?

Jenny – Aux anciens, un grand merci pour votre enthousiasme et votre super boulot. Rien ne serait possible sans vous. Aux futurs volontaires, surtout ne pensez pas que vous n’êtes pas assez qualifiés pour prendre part à une expédition ! Quelque soit votre formation, votre âge, votre condition physique, vous pourrez vous impliquer et apprendre de cette aventure. Venez juste avec votre enthousiasme et votre envie de mettre la main à la pâte!

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Jenny House

Post en anglais sur le blog de Blue Ventures

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