Avec l’ONG Blue Ventures au Timor, on enquête sous l’eau et on apprend beaucoup sur la préservation marine. Exemple avec une conférence sur la culture des coraux par Roxane, biologiste de l’équipe.

Si vous êtes passés à côté de l’actu, revenez de Mars ou d’une grotte, voici une nouvelle plus tellement fraiche sur le milieu marin : les coraux sont menacés de disparition partout dans le monde tropical. Pourtant, des pistes existent pour limiter ce phénomène.

Après les plongées du matin, Roxane de Waegh, la scientifique de terrain de Blue Ventures au Timor oriental, nous remonte le moral au cours d’une conférence sur la culture des coraux. Cette méthode vise à compenser les pertes dues à l’action humaine dans les récifs coralliens.

Après les plongées à la fraiche, une conférence scientifique aux heures chaudes.

Roxane s’y connaît en coraux. Biologiste marin, elle a effectué elle-même des cultures de coraux aux Bahamas avant de rejoindre Blue Ventures. En deux mots, il s’agit de faire grandir des coraux sur une structure artificielle avant de les réimplanter dans le récif naturel, afin d’y compenser les pertes dues à l’action de l’homme. Pour rappel, le corail est un minuscule organisme de la famille des cnidaires (méduses…), qui vit dans une colonie au sein d’un squelette dur de carbonate de calcium.

Non, le corail n’est pas une pierre sur laquelle reposer ses palmes

Si les récifs se meurent, c’est à cause de nous. Hausse de la température des eaux en tête, mais aussi pollution, déséquilibre due à la surpêche, pêche destructrice… la liste est longue. Il y a aussi les causes naturelles, comme la prédation des coraux par une étoile de mer épineuse, et les maladies. Pression humaine oblige, les coraux ne trouvent plus les moyens de se défendre efficacement contre ces dernières.

Première menace sur les coraux, le réchauffement climatique.

Cette crise de fragilisation des coraux a commencé dans les années 70, et plusieurs événements de mortalité massive sont advenus depuis. Le dernier en date est le blanchissement de la Grande Barrière de Corail en Australie, à seulement quelques milliers de kilomètres du Timor Oriental.

Par blanchissement, on entend l’expulsion par le corail d’une algue microscopique, la zooxanthelle. Cette dernière vie en symbiose avec les coraux et lui apporte de la nourriture. Le corail devient blanc lorsqu’il expulse cette algue ; elle lui apporte sa large palette de couleurs… et sa santé. La mort du corail advient après quelques semaines de fortes températures des eaux. En cas de rafraichissement, il réintègre la zooxanthelle et survit.

Les dérèglements actuels ont des effets marqués et durables sur les écosystèmes marins.

Face à la disparition des récifs, phénomène catastrophique pour les zones côtières tropicales, Roxane nous explique que la culture de corail apparaît comme une solution. Cela consiste à faire grandir de petites colonies de coraux sur des structures artificielles sous-marines (grille, fils…). Une fois suffisamment développés, les scientifiques les réimplantent dans le récif naturel, idéalement à des profondeurs et conditions similaires à l’emplacement de leur culture. Et bonne nouvelle, la croissance et le taux de survie des coraux au sein de ces « nurseries » sont élevés.

Le corail « élevé » en culture s’implante bien dans le récif naturel.

Roxane est enthousiaste de nature. En tant qu’amoureuse des coraux, elle ne veut pas croire à leur disparition. Car cela emporterait en plus toutes les espèces qui en dépendent. Et cela fait du monde, car il faut vous représenter les récifs coralliens comme des oasis dans le « désert » océanique. Ils représentent 0,2 % de la surface océanique mais 30 % de la biodiversité marine. De plus, ils assurent une protection précieuse des côtes contre les tempêtes et ouragans, apportent la nourriture et des revenus aux communautés locales de pêcheurs.

Un récif en danger, c’est l’écosystème entier, humain compris, qui est sur la sellette.

Il fait 35 degrés à l’ombre à cette heure-ci de la journée sur Ataùro. Les ventilateurs de la hutte commune de l’écolodge Barry’s Place nous balancent littéralement du chauffage, mais la teneur de la conférence nous maintient éveillé.

Roxane se veut pleine d’espoir et elle a raison. La situation actuelle est très compliquée mais les scientifiques travaillent d’arrache-pied pour trouver des solutions afin de sauver les récifs. Les australiens y ont un intérêt particulier dans la mesure où le tourisme dans la Grande Barrière de corail leur rapporte beaucoup. Au Timor oriental, l’ONG Blue Ventures aide juste les communautés locales à sauver leur patrimoine environnemental et de facto leur façon de vivre.

Le monde entier a un intérêt à sauver les coraux.

Chaque jour ou presque, l’équipe de Blue Ventures donne des conférences sur leur action menée sur Ataùro. Il s’agit pour nous, volontaires venus de loin, de comprendre l’impact de l’aide que nous prodiguons aux scientifiques (pourquoi nous plongeons tous les jours récolter des données sur les récifs coralliens de l’ile), et comment devenir plus responsables au quotidien (consommation, comportements).

La culture de coraux n’est pas d’actualité sur Ataùro, car les récifs autour de l’île sont encore sains et résilients. Mais ce n’est pas le cas partout, et cette conférence nous a clairement fait comprendre les raisons de soutenir les communautés côtières des tropiques dans la défense de cet écosystème.

Des ONG effectuant des cultures de coraux :

Coral Guardian

Coral Restoration Reef

Des innovations pour sauver les coraux :

Filtre anti-solaire

Robot diffusant des larves de corail (en anglais)

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Crédit photo : Coral Restoration Fund

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