Deuxième site d’enquête du jour : le récif corallien de Baru Hina, une aire marine gérée par les habitants d’Ataùro. Mission Blue Ventures, semaine 6, jour 2, plongée 2, GO !

10h. Le temps d’une pause café/snack, et on enchaine rapidement après la première plongée de la journée. Laura, notre instructeur de plongée, passe la main à Jemima Gomez  – alias Mima – pour le briefing sur la seconde plongée. Est-timoraise, originaire d’Ataùro, Mima est en formation pour devenir monitrice de plongée. En plus d’être assistante scientifique et d’encadrer les volontaires.

Mima deviendra la première femme monitrice de plongée du pays.

J’échange un sourire avec elle pour tenter de décrisper le moment. Sous le regard scrutateur de Laura, elle se lance : « Haru Ina, un récif en pente douce, puis on tombe le long d’un mur… En cas de courant fort, on s’abrite contre le récif, ne pas s’éloigner dans le bleu… La profondeur maximale est de 18 mètres, le temps 45 minutes… ». En ajoutant les règles de sécurité, le compte est bon. Pas de doute, elle est en bonne voie pour devenir la première femme monitrice de plongée du pays.

L’isolement d’Ataùro nous impose une sécurité renforcée en plongée.

Côté enquête, je fais équipe avec Sandra, une volontaire allemande. Elle est ok pour répertorier les poissons. À moi les espèces benthiques (coraux, éponges, algues…). En tant que référente scientifique de Blue Ventures au Timor, Roxane de Waegh définie le cadre de l’étude : pour cette deuxième plongée, l’enquête se fera à 12 mètres de profondeur.

L’enquête se fait en binôme, pour le recensement comme pour la plongée.

On monte notre bloc et c’est reparti pour un tour. Haru Ina est en face de l’écolodge Barry’s Place, nous y sommes rapidement. À l’avant du bateau, Roxane guide le Captain Antonio pour s’engager dans le récif sans encombres et éviter les débris flottants, tels que les morceaux de bois. Le moteur s’en est pris un il y a deux jours et il n’a pas aimé.

Le site de Haru Ina est un « Tara Bandu ». Ce terme relève du droit traditionnel timorien et désigne ici une « aire marine gérée localement » par les habitants. Ces derniers ont décidé collégialement de réduire la pêche sur cette zone et d’adopter des méthodes de pêche durables. Roxane nous explique que les habitants du village ont pris conscience de l’importance d’une gestion raisonnée de leurs ressources marines quand ils ont constaté une diminution des poissons, ainsi que des prises de plus en plus petites.

L’ONG Blue Ventures conseille les locaux pour préserver leurs récifs coralliens.

L’on comprend à l’écoute de Roxane que la raison pousse les habitants d’Ataùro à protéger leurs récifs, plus que la passion. Ne pas pêcher dans l’aire marine protégée représente un déficit de nourriture et de revenus pour leurs familles. D’où les efforts de Blue Ventures pour trouver des revenus alternatifs, tels que la culture d’algues côtière ou les chambres d’hôtes dans les villages.

Restreindre la pêche est un investissement pour l’avenir, mais ne doit pas sacrifier le présent.

Le temps des explications et nous sommes arrivés sur site. L’enquête se déroule sans histoire, et la fin est épique ! Lors de notre palier de sécurité à 5 mètres, nous observions de gros coraux tabulaires autour desquels évoluaient paisiblement des poissons multicolores et une tortue verte.

Dans un mouvement réflexe, Sandra a regardé dans le bleu, à l’opposé de cette scène, et un requin marteau de 3 mètres a surgi, fusant comme l’éclair. Apparition inattendue car si le site d’Ataùro est exceptionnel en terme de diversité d’espèces de coraux et de poissons, il est moins pourvu en requins qu’à Bali ou d’autres sites indonésiens, du fait de la surpêche industrielle dans la région.

Ataùro me fait penser aux Maldives. La diversité d’espèces de coraux est incroyable.

La matinée se termine dans la chaleur zénithale. Nous sommes fatigués mais satisfaits. Sentiment du travail bien fait, de vivre une expérience hors du commun et utile pour la science et pour la préservation de la nature à l’échelon local. Le déjeuner nous attend chez Barry’s Place, avant une après-midi studieuse et sociale. A suivre !

En + : Blog en anglais, la journée complète

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