Laura McGuire est monitrice de plongée pour l’ONG Blue Ventures au Timor Oriental. Elle transmet sa passion pour la préservation marine aux volontaires et forme deux futurs pros originaires d’Ataùro. Interview.

 

The Blue Martin – Tu m’as dit un jour « Ataùro est mon Manakoko ». Mais encore ?

Laura (rire) – Le Manakoko est le plus haut pic de l’ile d’Ataùro. C’est mon challenge ultime en terme de randonnée. Cette phrase signifie juste que ce job de moniteur de plongée pour Blue Ventures est mon plus grand challenge. Le plus difficile, mais aussi le plus gratifiant.

TBM – Reçu 5/5. Tu as travaillé comme monitrice de plongée stagiaire en Australie, au Bélize, en Indonésie et en Ecosse. Qu’est-ce qui t’a amené ici ?

Laura – La dimension de préservation marine du job. Il y a des millions de jobs de plongée. J’étais en Écosse quand j’ai vu le poste en ligne. J’écrivais alors ma dissert de Master sur la plongée sous-marine et la sauvegarde de l’océan. Ce job tombait à pic, il faisait le pont entre mes compétences et mes aspirations.

TBM – Ataùro est une ile reculée au Nord de l’ile principale du Timor Oriental. Cela a-t-il un impact sur l’organisation des expéditions avec les volontaires ?

Laura – Absolument. Sur le plan logistique, on doit tout anticiper en priorisant la sécurité sur tout le reste. Concrètement, nous devons être parfaitement au point sur tous les aspects relatifs à la sécurité dans la préparation des plongées, comme par exemple le calendrier des marées, les conditions météorologiques… Les courants par exemple, ils peuvent être forts et imprévisibles autour de l’ile. Il est fondamental de bien les connaître pour assurer la sécurité des plongeurs.

Une mer calme ne veut rien dire ici. L’environnement est plein de surprises sur Ataùro.

TBM – L’océan peut parfois être dur autour des iles d’Asie du Sud-Est. Pourquoi de telles précautions sur Ataùro ?

Laura – Car on est loin des aides d’urgence, en particulier en cas d’accidents de plongée. Les premiers caissons de décompression disponibles sont à Bali (Indonésie) et à Darwin (Australie), à trois heures de l’ile en évacuation aérienne d’urgence. Voilà pourquoi nous ne prenons aucun risque et nos profils de plongée sont très conservateurs. Avant chaque plongée, nous nous assurons que tous les plongeurs suivent les règles de sécurité.

TBM – As-tu déjà pris ton job pour acquis ?

Laura – Jamais. L’une des leçons apprises dans ce type d’environnement est que tout ne se déroule pas automatiquement selon le plan : plongées annulées en raison du temps, personnes malades, pannes de moteur du bateau… Il faut être prêt à gérer cette incertitude et à s’adapter en permanence. Heureusement, nous sommes une équipe soudée, chacun de nous est débrouillard et prêt à filer un coup de main.

La nature sur Ataùro est d’une exceptionnelle beauté, les récifs sont abondants et remarquables par leur diversité.

TBM – Parmi tes missions, tu as formé deux locaux pour les faire devenir moniteurs de plongée.

Laura – En effet, Amos Da Silva et Mima Gomes, tous deux originaires d’Ataùro. Cela a été pour moi un challenge à part. Dans mes précédents jobs, je formais des gens du monde entier en peu de temps, en mode intensif. La formation de ces deux timorais s’est étalée sur un an (ndlr : d’avril 2017 à avril 2018).

TBM – Cela paraît long. Pourquoi ?

Laura – Pour plein de raisons. D’abord car cette formation a été menée en parallèle de leur boulot quotidien d’assistants chercheurs et de coordinateurs des expéditions Blue Ventures, des missions prenantes.

Ensuite, l’anglais est leur cinquième langue. Or c’est notre langue de travail au quotidien. Et Mima a travaillé extrêmement dur pour atteindre le niveau physique exigé pour ce job.

La formation d’Amos et de Mima a pris plus de temps, mais le résultat est d’autant plus gratifiant.

TBM – Pourquoi cela représente un tel investissement ?

Laura – Le Timor Oriental n’est pas un pays riche. Amos et Mima n’ont pas eu la chance, à l’image de nous autres occidentaux, d’être prêts physiquement à faire des activités telles que la plongée. Porter des équipements lourds par exemple, en particulier les bouteilles. Même topo avec les connaissances scientifiques. La partie théorique de l’apprentissage de la plongée demande une formation mathématique solide.

TBM – Ton sentiment à cet égard ?

Laura – J’ai ressenti une énorme responsabilité. J’ai voulu les former au mieux car ils étaient attendus par beaucoup de personnes sur l’ile. Pour Mima, il s’agissait tout simplement de devenir la première femme monitrice de plongée du Timor Oriental. Et Amos le premier moniteur de plongée d’Ataùro. La boucle est bouclée, car les deux défendaient déjà ardemment la préservation des fonds marins de l’ile.

C’est le premier job dans lequel je ressens le pouvoir de changer la vie des gens.

 TBM – Tu as l’air infatigable. À quoi ressemble ton jour de repos ? (ndlr: le dimanche)

Laura – Gym et randonnée dans l’ile. Se reposer ne fait pas partie du programme, je suis trop jeune pour ça ! 🙂

TBM – Un mot pour les anciens volontaires des expéditions Blue Ventures ?

Laura – Un grand merci d’être venus ! Souvenez-vous de cette expérience unique toute votre vie.

 TBM – Et aux prochains volontaires ?

Laura – Venez avec votre esprit d’aventure et votre engagement en faveur des océans. Laissez de côté vos a priori, car vous allez rencontrer des situations inhabituelles. Dites-vous que c’est incroyable de pouvoir visiter un endroit peu fréquenté par les touristes, car cela offre une autre perspective sur des modes de vie différents. Je pense particulièrement aux familles d’accueil. Bref, hâte de vous rencontrer !

 

 En savoir +

Amos et Mima, le parcours vers le monitorat de plongée (en anglais)

Laura McGuire

 

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