L’expédition de préservation marine que j’ai faite avec l’ONG Blue Ventures au Timor Oriental a changé ma vision – théorique et naturo-centrée – de la préservation de la nature. Explications.

Quand je suis arrivé à Beloi, sur la petite ile d’Ataùro au Timor Oriental, je ne pensais qu’à une chose : aider les scientifiques de l’ONG Blue Ventures à protéger l’écosystème marin, ses coraux et ses poissons, et influencer les comportements pour sauver la planète. 6 semaines plus tard, j’avais une vision plus « complète » de la situation.

Sur ce confetti tropical, je me suis pris une claque.

L’ile fait face à des problèmes structurels : la raréfaction des ressources en tête. Le gouvernement timorais a ainsi fait appel à Blue Ventures pour conseiller et aider les communautés locales à préserver leurs ressources marines. Depuis quelques décennies, ces récifs coralliens pourtant idylliques ont connu une baisse des populations de poissons, et une diminution de la taille des prises. En cause, la surpêche et des méthodes pouvant être destructrices.

L’ONG anime donc des programmes adaptés afin de permettre aux habitants de reconstituer les stocks de poissons, comme la création d’aires marines gérées localement, dans lesquels la pêche est restreinte.

Les écosystèmes marins d’Ataùro souffrent de la surpêche.

De plus, Blue Ventures a mis en place des activités générant des revenus de substitution: longs séjours impliquant des volontaires dans les actions de science participative, hébergement de ces derniers par des familles locales, écotourisme… Une recette qui a fait ses preuves à Madagascar, site historique de l’ONG.

Bref, il ne s’agit pas de venir pour imposer une aire marine protégée de plus, au mépris des personnes qui vivent là depuis des centaines d’années. L’approche sociale et sociétale de la préservation de la nature prônée par Blue Ventures est d’autant plus inspirante que l’ONG confie la prise en main des opérations par les locaux. Ils y trouvent un intérêt économique et environnemental, et bénéficient des compétences de l’ONG.

Pour Blue Ventures, préserver l’environnement passe d’abord par le soutien aux hommes.

En ces temps légitimement crispés de réchauffement climatique et d’effondrement de la biodiversité, il est tentant de juger à la va-vite. Moi le premier, j’étais écœuré par les dizaines de kilos de plastique que nous ramassions sur les plages d’Ataùro, qui étaient déposés par la marée mais provenait aussi des villages alentours.

Or, sur cette île isolée de l’ile principale du Timor, il n’y a pas de services de collectes, de poubelles dans les rues, de sensibilisation à ce niveau. Pire, pas d’eau potable, et tous les habitants n’ont pas les moyens d’acheter des filtres à eau.

Sans m’en rendre compte, je posais un regard ethnocentré sur Ataùro.

Combien de fois ai-je pu juger ces manquements, en blâmant même les habitants de ne pas concentrer leurs déchets. Vision européenne et arrogante, leurs préoccupations étant plus vitales – nourrir et éduquer leurs enfants – et notre niveau d’éducation sur les effets des micro-plastiques sur la vie marine quelque peu différent.

S’immerger dans un pays, pour mieux le comprendre.

Quant aux bouteilles d’eau en plastique, j’étais bien content d’y avoir accès dans Dili, la capital du Timor, car l’eau du robinet n’était pas potable. Lorsque nous voyons ces vidéos virales sur les eaux de Bali jonchées de déchets plastiques, avons-nous en tête que ces bouteilles peuvent éviter de gros problèmes de santé à de nombreuses personnes ? Et que les habitants ne sont pas forcément responsables des manquements de leur dirigeants, et que l’histoire d’un pays influence son présent ?

Je suis venu pour les coraux, j’ai emporté des visages.

Je suis venu sur ce confetti tropical avec l’océan dans la tête, et des idées écologiques arrêtées. J’en repars avec des souvenirs de coraux extraordinaires, et une vision plus humaine et ambitieuse de la préservation de la nature : les mesures à prendre passent par une réévaluation de nos modes de vie, mais aussi par une implication collective dans notre environnement naturel.

 

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The Blue Martin

Blue Ventures

Le blog de Blue Ventures (en anglais)

 

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