Avec l’asso Boomforest et des volontaires, Enrico Fusto et Damien Saraceni ont planté à Paris une petite forêt selon une méthode japonaise. Témoignage de rêveurs enracinés dans le réel.

The Blue Martin – Si vous étiez un arbre, que seriez-vous ?

Damien – Un saule, souple mais avec un caractère bien à lui !

Enrico – Un bouleau, car j’ai une bonne résistance au froid et à la sécheresse…

TBM – En parlant de boulot, c’est le votre de planter des arbres ?

Enrico – Pas du tout! Damien travaille pour une plateforme de crowdfunding dédiée aux projets d’intérêt général, et moi je suis développeur informatique dans une startup.

Damien – Implanter une forêt Miyawaki à Paris, c’était une idée un peu folle proposée aux Parisiens en 2016 grâce au Budget Participatif de la Ville de Paris. L’idée leur a plu : près de 14 500 votes ont validé le projet ! Nous avons alors fondé l’association Boomforest pour le mettre en oeuvre.

TBM – Donc tout le monde peut se lancer ?

Damien – Absolument! Planter une forêt Miyawaki est un processus interactif et amusant. On la conçoit, l’imagine, s’y projette, puis on implique le voisinage et les volontaires de tous âges. Une aventure verte dans son quartier, du lien recréé de façon originale. Et puis on adapte les étapes de création à l’expertise des participants.

Enrico – Tout le monde peut se lancer, à condition de respecter certaines étapes. (ndlr: la méthode Miyawaki en détails)

La méthode Miyawaki valorise cet espace public en y restaurant rapidement la biodiversité végétale et animale.

TBM – Pourquoi être allé chercher au Japon une technique de plantation ?

Enrico – La méthode du Professeur Akira Miyawaki est très efficace sur des petites surfaces, un avantage en milieu urbain, surtout dans les grandes villes où les espaces peuvent être très bétonnés. Cette forêt présente une densité de plantes jusqu’à 30 fois supérieure à celle d’une arborisation traditionnelle. Dans quelques années, elle constituera pour le quartier une barrière à la pollution et aux bruits des transports.

Damien – Si elle est originaire du Japon, cette méthode peut se transposer sous nos latitudes puisqu’elle fonde son succès sur l’utilisation d’espèces végétales indigènes. L’équipe du Professeur Miyawaki l’a conçue il y a plus de 30 ans et sans cesse améliorée sur plus de 700 sites, au Japon, en l’Afrique et en Asie.

TBM – Quels types de plantes composent la parcelle ?

Enrico – Il y a plus de 50 essences, sélectionnées pour leur adaptation au climat local d’Ile-de-France et leur capacité à grandir ensemble, en coopération.

DamienSaules, chênes, houx, hêtre… mais aussi des arbustes, qui vont occuper une strate plus basse dans la forêt, comme des rosiers sauvages et des aubépines.

TBM – Quelle biodiversité animale s’implante dans la forêt ?

Damien – On voit déjà le sol grouiller de petites bêtes industrieuses, comme les vers de terre, les gendarmes, des larves… Elles constituent l’un des maillons essentiels d’une longue chaîne à venir, incluant les oiseaux et les petits mammifères. Mésanges et pics verts y sont déjà observés.

TBM – À quelle fréquence faites-vous intervenir les bénévoles ?

Damien – Une fois par mois, pour une session d’entretien de la forêt. Mission désherbage du sol pour empêcher que des herbacées ne pompent toute l’eau et les nutriments dont les jeunes arbres ont besoin. Ces plantes sont laissées ensuite sur place, retournées, pour que leur énergie revienne au sol et assurer un paillage naturel, maintenant l’humidité.

Enrico – Et au bout de 3 ans, l’ensemble des arbres atteindra son équilibre et nous n’aurons plus à intervenir. Mais l’espace restera ouvert aux bénévoles de l’asso Boomforest et au public, sous conditions pour des raisons de sécurité, du fait de sa proximité avec le périphérique.

Cette mini-forêt crée du lien à l’échelle locale et mobilise les volontaires.

TBM – Justement, une forêt en bord de périph’ a-t-elle un impact sur la qualité de l’air environnant ?

Enrico – C’est encore tôt pour le dire, mais nous allons chercher à mesurer cet impact à l’aide de capteurs très localisés, développés avec des universitaires et assemblés par un « hacking space » engagé sur le suivi environnemental.

Damien – Comme la petite forêt est plantée de façon très dense, l’absorption de dioxyde de carbone observée est généralement 30 fois supérieure à celle d’une plantation classique. Sans compter l’isolation phonique et visuelle.

TBM – Last but not least, où suivre vos actus ?

Damien – Sur Facebook (Association Boomforest), Twitter (@boomforestworld), Instagram (boomforestworld), Medium

Enrico – Sans oublier notre newsletter et, si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi nous écrire à travers notre site pour nous encourager ! Un grand merci d’avance! 🙂

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