On rit, on pleure, on rêve, on réfléchit… Ce classique d’Arto Paasilinna nous entraine dans les aventures rocambolesques d’un homme et d’un lièvre dans une Finlande à l’état brut. Émouvant et indispensable.

Rencontre et échappatoire

En route pour un reportage entre Helsinki et Heinola, Kaarlo Vatanen et son collègue photographe renversent un levraut. Vatanen, journaliste de profession, le retrouve dans le bois et le soigne. Ne le voyant pas revenir, le photographe repart de guerre lasse, le laissant seul dans une terre inhabitée. Vatanen ne ressent pas l’envie de le rejoindre. Malheureux dans sa vie conjugale, désabusé par son travail où le sensationnel prime sur les sujets de fond et d’intérêt, le journaliste trouve dans l’attention portée à ce petit lièvre l’occasion de fuir une vie qu’il honnit.

Partant, l’on va suivre ses pérégrinations dans les paysages majestueux du Grand Nord, de la capitale à la Laponie. Vatanen va adapter son mode de vie en fonction du lièvre afin de le nourrir correctement et de le garder au grand air. Partout sur son chemin, il offre ses services manuels pour survivre. Sans surprise, il sème l’étonnement par la complicité qu’il a développé avec son lièvre sauvage.

Récit initiatique et critique

En filigrane du récit, Paasilinna prête à son héros un regard critique féroce sur la « civilisation », opposée à une campagne plus authentique et vivable. L’auteur ne tombe cependant pas dans un angélisme disneylien. Il démontre par les aventures de Vatanen le combat permanent de l’homme face à une nature sublime mais hostile, qu’il faut savoir garder en respect (le corbeau voleur de nourriture, l’ours comme menace pour le lièvre et lui-même…). Ces combats sont ainsi menés pour sa survie et celle du lièvre.

La vie de Vatanen, autrefois classique, devient atypique à l’aune de la modernité. Son pire délit aux yeux de la société? Le vagabondage. Plus que l’ébriété et la rupture de sa situation conjugale. Pourtant, partout sur son chemin, il suscite l’envie et l’admiration du fait de la complicité avec son lièvre.

Retrait du monde, autonomisation de l’homme urbain… On ne peut s’empêcher de penser à Walden de Thoreau. Ajouter à cela le retour à une vie campagnarde et la contemplation d’une nature brute, la considération des animaux sans tomber dans l’anthropomorphisme (le lièvre n’a pas de nom), le rejet acide de la vie urbaine et de son organisation stratifiée à l’outrance, avec les attitudes associées, le manque d’empathie et la cupidité.

N’importe qui peut mener ce genre de vie, à condition de savoir renoncer d’abord à son autre vie.

Le lièvre de Vatanen est un hymne à une relation simple mais sans concession avec la nature: admiration mêlée de crainte, dureté des milieux naturels mais impossibilité de s’en passer, à l’inverse de la vie mollassonne et bourgeoise d’Helsinki. C’est aussi une ode à la pérégrination, même si le nomadisme de Vatanen est imposé par les chantiers qui les font vivre, le lièvre et lui.

Si volonté d’inspirer il y a dans ce roman, elle est assurée en creux, davantage par rejet de la civilisation – synonyme de ville et du sud de la Finlande – que par l’apologie de la vie au grand air laponien. Le récit n’en reste pas moins drôle, curieux et stimulant. Publié en 1975, ce succès mondial n’a pas pris une ride.

Le lièvre de Vatanen, d’Arto Paasilinna

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