Nom intriguant, mains dans la terre, biodiv’ au coeur… The Blue Martin a rencontré Haie Magique lors d’une action de terrain en région parisienne. Éclairage avec Laurent Samuel, président de l’asso.

The Blue Martin – Qu’as-tu pensé en me voyant arriver avec mes bottines de ville chez ce maraicher de Longpont-sur-Orge ?

Laurent – J’ai beaucoup ri intérieurement, et j’ai pensé au gars de la ville qui arrive dans le village du Far West. Pour un travail d’entretien de haies, les pieds dans la gadoue, tu n’étais pas raccord !

TBM (rires) – J’ai ressenti la gêne et avoue m’être senti bête.

Laurent – Pas de problème. On a toujours une paire de bottes en rab, mais oui, s’équiper d’abord, s’amuser ensuite !

TBM – Bien noté! 🙂 Raconte-moi un peu Haie Magique.

Laurent – C’est une asso dont l’activité principale est de planter des haies bocagères et d’assurer leur entretien dans les premières années de leurs vies.

TBM – Votre rayon d’action ?

Laurent – Nos chantiers se situent en banlieue sud de Paris, Massy-Palaiseau en particulier. Donc en territoires urbains et péri-urbains, qui comprennent quelques zones agricoles.

Une haie bocagère, c’est un corridor de biodiversité, une isolation visuelle et micro-climatique.

TBM – Pourquoi êtes-vous intervenus chez Erwan, maraicher à Longpont-sur-Orge?

Laurent – Pour entretenir des haies que nous avons plantées il y a un an à sa demande. Il en voulait sur le pourtour de ses cultures, pour assurer un côté brise-vent (le vent assèche les cultures de légumes) et pour isoler sa parcelle des quartiers alentours (maisons, bâtiments tertiaires).

TBM – Et un service écosystémique ?

Laurent – Bien sûr, car il est intrinsèque à l’existence de la haie : diversité d’essences d’arbres, constitution d’un sol forestier, attraction d’une biodiversité bénéfique pour les cultures : par exemple, les oiseaux régulent les insectes, les hérissons les limaces…

TBM – Rappelle-moi les trois actions menées par ton équipe et les volontaires chez Erwan ?

Laurent – Désherbage, paillage et recépage.

TBM – Le désherbage est-il automatique pour une haie ?

Laurent – Non. Chez ce maraicher, on désherbe plus pour les cultures alentours que pour la haie. La zone de la haie s’enfriche rapidement car on y intervient peu. Les adventices s’y développent (chardons, liserons…). Ces « mauvaises herbes » concurrencent les légumes, donc Erwan ne veut pas que la haie soit une source de mauvaises herbes qui essaiment.

Paillage et recépage, des actions essentielles dans la création de la haie.

TBM – Les arbres souffrent-ils des « mauvaises herbes » ?

Laurent – Non. Elles ralentissement leur croissance, mais ne représentent pas un danger pour leur développement. Elles sont même utiles : elles les protègent en période de canicule, en conservant l’humidité dans le sol ; elles structurent le sol, comme le chardon qui le décompacte avec ses racines.

TBM – Donc chez Haie Magique, on ne désherbe pas les haies, sauf demande expresse des personnes chez qui vous intervenez.

Laurent – En effet.

TBM – Étape numéro 2, le paillage. En quoi ça consiste ?

Laurent – En fait, on tapisse le sol de la haie avec des résidus d’élagage, donc des morceaux d’arbres broyés. Mais on peut aussi utiliser de la paille de chanvre, de la laine de mouton… Bref, de la matière organique qui pénètre le sol.

TBM – À quoi ça sert ?

Laurent – Le paillage régule l’humidité du sol. C’est très important car ce dernier ne doit pas être à nu, afin de limiter l’évapo-transpiration. Cette couche superficielle de broyas emmagasine l’eau lorsqu’il pleut et la restitue quand il fait chaud. On reconstitue ainsi un sol forestier, vivant, et donc favorable aux arbres de la haie et à la faune qu’elle abrite.

TBM – Et vous paillez chaque année ?

Laurent – On paille les deux premières années, après ce n’est plus nécessaire : la haie constitue son propre paillage avec ses feuilles mortes, ses petites branches et les résidus de taille. Ensuite, la seule intervention consiste en une taille régulière, tous les 2/3 ans.

Une haie est résiliente grâce à sa diversité d’essences d’arbres.

TBM – Le recépage enfin. Que signifie ce mot nouveau pour moi ? 

Laurent – C’est simple, il s’agit de la taille d’arbres et d’arbustes pour obtenir d’eux un port buissonnant. Que les rameaux partent au niveau du sol, de manière dense, pour former une multitude de petits troncs. Ainsi débute la haie.

TBM – C’est très artificiel comme action, non ?

Laurent – Tout à fait, car la haie a été inventée par l’homme et date de la création de l’agriculture au Néolithique. Elle servait à parquer les animaux, à apporter un ombrage, notamment pour les ruminants qui évoluaient dans de vastes prairies. En replanter maintenant en milieu agricole fait sens en termes de tradition et de services écosystémiques. En ville, c’est essentiel aussi pour attirer la biodiversité.

TBM – Pourquoi intervenir en Novembre ? (ndlr : date du reportage) Les arbrisseaux de la haie peuvent-ils supporter ces modifications ?

Laura – Bien sûr, encore plus en novembre car cela dérange moins les arbres. Ces chantiers d’entretien doivent être menés en période de repos végétatif, quand la sève descend, après les premiers froids. C’est aussi une période de repos pour la faune. Au Printemps, les oiseaux nichent et cela ruinerait leurs couvées.

On doit intervenir de façon raisonnable, et lorsque la nature est en sommeil.

TBM – Les volontaires étaient à fond sur ce chantier. Qui sont-ils ?

Laurent – C’est clair, une super équipe dont certains sont membres d’une AMAP locale et d’autres des citoyens des villes alentours. Des profils variés, autant d’hommes que de femmes, des jeunes, des actifs, des retraités, une mère avec sa petite sur le dos, bref, un bout de France !

TBM – Faut-il être écolo pour participer à vos chantiers ?

Laurent (rires) – On attire des profils sensibilisés à la cause environnementale, mais sur le chantier en lui-même, tout le monde peut trouver son compte : des travaux de plein air, les mains dans la terre, des moments conviviaux comme ce déjeuner délicieux concocté par les maraichers, de la musique… Et avec une cinquantaine de chantiers par an (3/4 par mois), on a de quoi s’occuper.

TBM – Postuler, c’est facile ?

Laurent – Très simple de nous contacter via notre site, message Insta ou Twitter. Pour vous informer des chantiers à venir, on fonctionne par SMS, ce qui marche très bien. Venez nombreux!

TBM – Merci Laurent !

Laura – Merci à toi et à très bientôt, avec tes bottes ! 🙂

Découvrir les prochains chantiers: Envoyez un SMS (gratuit) au 07.83.02.42.80

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